Bilan de Wikimania 2026 à Paris

Naila Rahmah & Eclos Productions, CC-BY-SA-4.0, w.wiki/T5jU

Avec le temps, le mouvement Wikimedia s’est doté de nombreuses conférences : une conférence stratégique généralement organisée à Berlin, des conférences thématiques, des conférences régionales et nationales. Crée en 2005, Wikimania demeure le plus grand rassemblement de wikimédiens. Ces 4 jours de conférences et une journée de pré-conférence ont réuni 1250 personnes à la Cité des sciences et quasiment 2000 personnes en ligne. Plusieurs billets de blog reviennent sur l’événement (jour 1, jour 2, jour 3, jour 4) et j’ai évoqué la conférence dans un billet publié mi-juillet (Paris, capitale des communs numériques).

Cité des sciences

Pour des raisons de sécurité, le lieu de l’événement n’a pas été communiqué publiquement invisibilisant un peu ce lieu emblématique. Le mouvement Wikimédia s’est retrouvé à la Cité des sciences et de l’industrie. Peu de lieux physiques sont autant liés au développement de l’encyclopédie Wikipédia et du mouvement Wikimédia en France.

C’est aussi un lieu particulièrement cher à mes yeux car adolescent je m’y rendais pour lire des revues d’informatique et c’est l’une de mes premières rencontres IRL avec mes camarades de Wikimédia, loin d’imaginer à l’époque la place que cette distraction allait prendre dans ma vie, ni l’importance que Wikipédia allait avoir dans le monde.

Voici une liste sans doute incomplète d’événements organisés à la Cité des sciences :

  • Dans les archives des premières rencontres organisées en France, nous trouvons un atelier de découverte, appelé alors Wikipédia-party, organisé en 2005 ;
  • Après avoir vu le jour à la Maison des Métallos et y avoir organisé sa première assemblée générale, Wikimédia France s’est déplacée à la Cité des sciences pour y organiser trois assemblées générales entre 2006 et 2008. D’ailleurs à l’AG 2007, il a été évoqué le projet d’organiser Wikimania à Strasbourg, en collaboration avec Wikimedia CH et Wikimedia Deutschland ;
  • Le tout premier colloque Wikipédia, réunissant 300 participants, y a été organisé en 2007 par Valérie Chansigaud ;
  • Plusieurs ateliers Femmes de science de la Fondation L’Oréal y ont été organisés entre 2014 et 2015 ;
  • Quelques wiknic organisés dans le parc de la Villette ;
  • Depuis plus de quinze ans, le lieu accueille la wikipermanence parisienne dans le cadre des samedis du libre, chaque premier samedi du mois.

Temps forts

Outre les 300 sessions dont vous pouvez retrouver une bonne partie sous forme de captations vidéos en consultant le programme, voici les à-côtés de l’événement. Nous avons pu assister à une nouvelle représentation de la Wiki-chorale et du Wiki-orchestre, avec notamment Oh, Wikipédia! que les français connaissent sous le nom de Aux Champs-Elysées. Cette chanson interprétée par Joe Dassin vient de Waterloo Road du groupe Jason Crest. Voici la captation vidéo et les paroles :

Oh, Wikipedia!

Je m’baladais sur l’avenue,
Le cœur ouvert à l’inconnu
J’avais envie d’en savoir plus
sur n’importe quoi.
Je surfe partout et ce fut toi
Je clique des liens bleus avec joie
un’ communauté nous écrit
l’encyclopédie !

Oh, Wikipedia!
Oh, Wikipedia!
When I was young, I was a fool,
But you made me the best in school.
Now I want to give back to ya!
Oh, Wikipédia !

Who would have thought what you’d become
back in the year two-thousand-one.
A wild idea that started bold,
Now twenty-five years old.

Where anyone’s an editor
and sources are accounted for,
the edits are all adding to
the Neutral Point of View.

Oh, Wikipedia!
Oh, Wikipedia!
When I was young, I was a fool,
But you made me the best in school.
Now I want to give back to ya!
Oh, Wikipedia!

The greatest thing there is online
your sister projects all align:
A multilingual knowldge hub
come join the wiki club!

Now algorithms learn from you
and AI looms, but we stay true
and answer our mission’s call:
Free knowledge for all!

Parmi les autres temps forts, j’ai retenu :

  • le mot de bienvenue de Sophie Adenot depuis la station spatiale internationale (vidéo) ;
  • la reconnaissance internationale de Jules*, 2e français à devenir Wikimédien de l’année ;
  • Baby Globe, la nouvelle mascotte du mouvement et star de cette Wikimania ;
  • le van Wikipédia de Wikimedia Deutschland ;
  • la construction collaborative d’un puzzle géant ;
  • dans la grande tradition française, un rassemblement syndical a même été organisé afin de soutenir des employés de la Fondation Wikimédia en train de créer une section syndicale aux États-Unis ;
  • et l’habituelle photo de groupe.

Remerciements et sécurité

Un grand merci aux équipes d’organisation pour ce bel événement, chapeauté avec brio par Adélaïde Calais, Rémy Gerbet et Lisa McCabe, ainsi que tous les partenaires et les différents services de sécurité privée et publique qui ont permis que tout se déroule pour le mieux.

Comme évoqué dans mon premier billet consacré à Wikimania 2026, plusieurs wikimédien.e.s n’ont pu se rendre à Paris faute de visa. Une des principales organisatrices de l’événement, Afek Ben Chahed, a même failli ne pas pouvoir assister à l’événement qu’elle organisait depuis des mois. Son visa ne lui a été délivré que 3 jours avant le début du colloque. Afek est pourtant une figure du mouvement Wikimédia et l’événement bénéficiait d’importants partenaires institutionnels :

Comment développer la francophonie, œuvrer à la diffusion des connaissances et bâtir un internet sain dans ces conditions ? Le mouvement Wikimédia est reconnu pour tirer le maximum de la collaboration en ligne, mais parfois nous avons besoin, envie de nous rencontrer. L’internet humain, que Wikimédia promeut, ne se fera pas sans un abaissement des murs érigés entre les peuples.

D’autres personnes n’ont pu se rendre à l’événement par mesure de sécurité, afin de se protéger ou nous protéger. C’est aussi ça la réalité du mouvement Wikimédia. Construire une encyclopédie d’une telle importance attire forcément les critiques et certains franchissent la ligne rouge en recourant aux tentatives d’ingérences, de censures et menaces. Le mouvement Wikimédia est fort heureusement bien moins touché par la violence que les journalistes, les militants des droits humains et les universitaires. Mais il y a des cas avérés de wikimédiens qui ont fait l’objet de pressions et menaces. Certaines personnes sont même passées par la prison ou y sont encore comme Osama Khalid qui purge sa peine de 14 ans d’emprisonnement en Arabie Saoudite depuis 2020. Je ne dispose pas des éléments suffisants pour dire si ça prend de l’ampleur ou non, mais c’est désormais à prendre en compte n’importe où sur la planète.

Crédits