Observatoire de l’audience des plateformes en ligne

L’Arcom a mis en place un Observatoire de l’audience des plateformes en ligne afin de mieux connaître l’audience des très grandes plateformes et très grands moteurs de recherche pour avoir une meilleure compréhension des usages des internautes, mineurs et majeurs, et de leur évolution. Cet observatoire doit permettre d’éclairer l’action du régulateur.

Rosée sur une toile d’araignée, Luc Viatour / Lucnix.be, CC-BY-SA-3.0, w.wiki/LB9a

L’observatoire s’intéresse aux plateformes regroupées dans la catégorie VLOPSEs (very large online platforms and search engines) instaurée par le Digital Services Act ainsi que des plateformes établies en France. Derrière les grands discours, il ne faut pas oublier que l’Arcom est véritablement le régulateur des petites et moyennes plateformes puisqu’aucune grande plateforme n’est établie en France. On y retrouve tous les grands acteurs du web, dont évidemment Wikipédia :

  • AliExpress
  • Amazon Store
  • App Store
  • Bing
  • Booking.com
  • Facebook
  • Google Play
  • Google Maps
  • Google Search
  • Google Shopping
  • Instagram
  • LinkedIn
  • Pinterest
  • Pornhub
  • Shein
  • Snapchat
  • Temu
  • TikTok
  • Twitter X
  • WhatsApp
  • Wikipedia
  • XNXX
  • XVideos
  • YouTube
  • Zalando

Un réveil tardif pour combler de grosses lacunes ?

Le plus surprenant est que cela arrive qu’en 2024 ! Un peu comme lorsque le Conseil supérieur de la propriété littéraire et artistique (CSPLA) s’est penché sur les licences libres… en 2018 ! Voir le communiqué très critique de Wikimédia France et le rapport final de Joëlle Farchy et Marie de la Taille.

Pour revenir à l’observatoire, j’ai pu prendre conscience d’une faible connaissance de données factuelles sur les grands acteurs du web lors de mes interactions avec des responsables français. Deux exemples :

Une méconnaissance de la loi infox par Viginum

Lors de la mise en place du service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères (VIGINUM), une réunion a été mise en place en octobre 2021 entre les autorités et les grands acteurs du web. Comme souvent Wikimédia France n’a pas été immédiatement invité. Dans ce genre de réunions, Wikimédia France n’intervient évidemment pas en tant que responsable ou porte-parole de Wikipédia ou de la Fondation Wikimédia, mais plutôt en tant qu’expert du fonctionnement de Wikipédia afin de faire le lien entre la communauté et les pouvoirs publics.

J’ai contacté les organisateurs (il me semble que c’était le SGDSN, en tout cas la réunion s’est tenue chez eux) afin de demander à ce qu’on soit autour de la table. On m’a répondu que la réunion était réservée aux acteurs du web visés par l’obligation de déclaration mise en place par la Loi contre la manipulation de l’information. C’est le cas de Wikipédia. La Fondation Wikimédia doit répondre annuellement aux questions de l’Arcom afin de permettre à cette dernière d’étudier la modération en ligne. Wikimédia France a finalement pu assister à cette première réunion malgré ce couac initial et depuis les échanges se poursuivent.

Une hallucination de la Fédération des agences de presse

Un autre exemple provenant d’un acteur méconnu mais qui témoigne sans doute d’une large méconnaissance du fonctionnement d’internet dans des secteurs comme l’information et la culture pourtant largement bouleversés par le développement d’internet : la Fédération française des agence de presse. Vu les membres, on s’attend à ce que la fédération connaisse un tant soit peu internet ou au moins la recherche d’information. Eh bien non !

extrait de la lettre d'information : "Derrière ces amendements on retrouve Google, actionnaire de Wikipédia, premier intéressé"

J’ai découvert en 2019 une énorme bêtise publiée par la Fédération française des agences de presse dans une lettre d’information de 2016 :

Derrière ces amendements on retrouve Google, actionnaire de Wikipédia, premier intéressé

Période conflictuelle où visiblement la Fédération était très remontée contre les positions de Wikimédia France mais ce n’est pas une raison pour raconter n’importe quoi. Première grosse erreur : Wikipédia est présentée comme une entreprise. Et pour poursuivre : Google en est son actionnaire. Tout est faux et témoigne d’une méconnaissance profonde du fonctionnement d’un site qui est dans le top 10 français depuis la fin des années 2000. Cela laisse le temps de s’informer, à commencer par lire les dépêches de l’AFP qui couvre régulièrement les succès et déboires de l’encyclopédie libre. Mon courrier a permis de rendre inaccessible les lettres d’info. Par contre, aucun échange n’a pu se faire en l’absence de retour de la part de la Fédération et de sa présidente Kathleen Grosset. Et encore moins des excuses de leur part pour avoir diffusé de fausses informations à leurs membres.

Résultats de l’observatoire

L’observatoire utilise les données de Médiamétrie, c’est-à-dire une approche user-centric où des volontaires acceptent de communiquer à l’entreprise leurs données de navigation. Visiblement ça existe ! L’entreprise étudie les internautes âgés de plus 12 ans. Voici les principaux résultats de la seconde étude publiée en mars 2026 qui compare des données de 2025 et celles de 2022 (année très proche des confinements qui ont sensiblement perturbé les usages d’internet) :

Internet est toujours en croissance

Chaque jour, 85 % des Français âgés de 12 ans et plus consultent internet (+8 % par rapport à 2022). Ils y passent en moyenne 4 heures par jour (+20 % par rapport à 2022).

Wikipédia est un très grand acteur du web français

Parmi les VLOPSEs hors places de marché, Wikipédia est le 7e site le plus consulté, derrière Facebook, YouTube, WhatsApp, Google Search, Google Maps et Instagram. Soit une trentaine de millions de visiteurs uniques chaque mois. L’encyclopédie progresse de 3 % entre 2022 et 2025, ce qui est la plus faible progression des 12 plateformes en progression, mais 4 plateformes régressent en nombre de visiteurs uniques mensuel (Snapchat, LinkedIn, Pinterest et Twitter X). Il suffit de consulter une fois par mois l’encyclopédie pour être comptabilisé comme lecteur. J’ai trouvé très peu de données sur l’usage des encyclopédies avant Wikipédia, hormis un sondage commandé à la Sofres par Microsoft à la fin des années 1990 : 56 % des possesseurs d’une encyclopédie sur CD-Rom y avaient recours une ou plusieurs fois par semaine, 80 % deux à trois fois par mois. Pour les encyclopédies papier, c’était trois ou quatre fois par an.

En terme de temps passé sur internet, l’encylopédie libre est beaucoup plus loin (13e) et la baisse depuis 2022 est de 7 %.

Wikipédia n’est pas consultée que par les étudiants (ce serait même le contraire)

L’âge moyen de l’internaute qui consulte Wikipédia est de 48,4 ans contre 46,5 pour l’ensemble d’internet. Cette moyenne est en hausse comme pour la plupart des plateformes.

Par contre, l’encyclopédie se démarque des autres grands acteurs du web avec une part élevée d’internautes âgés (49 % ont plus de 50 ans) et un faible nombre de jeunes lecteurs (13 %), loin derrière les réseaux sociaux et sites pornographiques.

L’étude se termine par un focus sur les 12-17 ans, public qui consulte peu Wikipédia. Ces mineurs représentent 5 % des visiteurs de Wikipédia (contre 9 % pour l’ensemble d’internet), ce qui est forte diminution par rapport à 2022 (-38 %). À voir si c’est un retour à la normal post-confinement ou que les jeunes se détournent de l’encyclopédie.