
Depuis une année, j’ai rejoint la direction des archives, bibliothèques et collections muséales de Sorbonne Université pour occuper le poste de chargé de valorisation des collections scientifiques. La première année fut financée via appel à projets.
Appel à projets du MESR
Cet appel à projets du ministère de l’Enseignement supérieure et de la Recherche (MESR) finance des projets d’information et/ou de valorisation des collections publiques scientifiques et patrimoniales couvrant les domaines des sciences naturelles et des sciences de l’homme. Les collections peuvent être gérées par un établissement public à caractère scientifique, culturel et professionnel (EPSCP), un établissement public à caractère scientifique et technologique (EPST) ou un musée de France. Pour l’appel à projets organisé en 2024, 35 dossiers ont été évalués par un jury interprofessionnel et interministériel. Le jury a retenu 16 projets, soit un montant total de 607 216 € en soutien à l’informatisation et à la valorisation des collections publiques scientifiques patrimoniales. Les lauréats sont 9 EPSCP et EPST ainsi que 7 musées de France.

OpenCollSU
Le projet financé se décompose en trois axes :
- Publier un ouvrage en ligne dédié à l’histoire, la conservation et l’exploitation scientifique des collections ;
- Améliorer la qualité des métadonnées en poursuivant le travail d’identification et de documentation des individus représentés dans les collections ;
- Enclencher une dynamique d’enrichissement des projets Wikimédia.
J’ai mis en place une page projet sur Wikipédia afin de rendre compte et documenter ce qui est réalisé sur les projets Wikimédia. Cela reste améliorable, notamment en améliorant le suivi de certaines actions.



Désanonymiser les collections
Je mène de nombreuses recherches afin d’étoffer les notices des collections, notamment en essayant de désanonymiser les collections. Le résultat est publié sur SorbonNum+, le site des collections scientifiques et patrimoniales de Sorbonne Université. Cet objectif de désanonymisation m’a immédiatement intéressé. En tant que fan de la série Le Prisonnier, j’ai tout de suite pensé à la réplique culte « Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre », puis j’ai découvert la littérature scientifique sur le sujet et le questionnement éthique des pièces appartenant aux collections médicales :
Convoquer les corps dans toute leur matérialité, c’est aussi regarder ce que les professionnels ont amputé, conservé de restes humains dans des bocaux de formol, par des techniques d’empaillement : fœtus, bébés « monstrueux », bouts humains pathologiques, crânes et ossements divers et autres résidus encore conservés ou collectés aujourd’hui (sperme, ovaires, sang…). Ces éléments humains posent des questions aujourd’hui essentielles : à qui appartiennent ces corps, ces restes et dépouilles qui n’ont pas fait l’objet d’un « don à la science » ? Que faire des collections des muséums d’histoire naturelle et des musées d’histoire de la médecine faites d’ossements et de restes humains que personne ne réclame ? L’exposition de ces pièces souvent anonymes dans les musées mériterait d’être accompagnée d’une contextualisation fine permettant enfin à ces personnes ponctionnées d’entrer dans l’histoire. Ceci aurait le mérite de livrer des indications précieuses au sujet des individus sur lesquels la légitimité médicale s’exerce plus avant (Hervé Guillemain, Nahema Hanafi, Hélène Leuwers et membres de la revue Histoire, médecine et santé, « Le musée de la médecine idéal de la revue Histoire, médecine et santé », Histoire, médecine et santé, n°28, 2025).
Au cas où cela pourrait aider d’autres personnes et institutions, j’ai élaboré un guide méthodologique « Aide à la recherche sur les individus des collections scientifiques » et je le maintiens à jour car très régulièrement de nouvelles données sont mises à disposition. La quantité d’informations dorénavant en ligne permet d’avoir d’assez bons résultats en quelques minutes ou quelques heures. Il ne faut pas non plus oublier l’amélioration des outils, à commencer par la qualité de l’océrisation mais également les moteurs de recherche (la recherche par proximité de Gallica permet de faire de belles découvertes dans un temps limité), l’indexation de très gros corpus (le projet SocFace facilite grandement la consultation des recensements de la population en France, alors que ces recensements numérisés demeuraient très fastidieux à consulter), sans oublier les efforts réalisés par les bases généalogiques.






Des documents restent inaccessibles ou très difficilement identifiables, il faut donc veiller à lister les recherches effectuées même si elles n’aboutissent pas afin de pouvoir poursuivre les investigations dans quelques années sans devoir tout reprendre de zéro.
Le ministère de la Culture a publié début 2026 un vadémécum des recherches de provenance. Je ne l’ai pas trouvé utile, mais il peut intéresser d’autres personnes.
