L’Indonésie abandonne l’idée de bloquer Wikipédia

Depuis 2020, l’Indonésie oblige tous les fournisseurs de services numériques, y compris ceux basés à l’étranger, à s’enregistrer. Les défenseurs des libertés numériques accusent l’Indonésie d’utiliser cette loi pour réduire la liberté d’expression en exigeant le retrait de contenus susceptibles « de provoquer des troubles publics et de perturber l’ordre public ».

Indonesia’s Proposed Online Intermediary Regulation May be the Most Repressive Yett
Katitza Rodriguez, EFF, 16 février 2021

Dans son rapport annuel la situation des droits humains dans le monde, Amnesty International liste de nombreuses atteintes aux droits humains en Indonésie en 2025. Tout ceci explique pourquoi la Fondation Wikimédia, l’hébergeur de Wikipédia, n’a évidemment fait aucun effort pour s’enregistrer auprès des autorités indonésiennes.

Mais à la fin de l’année 2025, le ministère des communications indonésien (Komdigi, ex-Kominfo) exige que la Fondation Wikimédia, se mette en conformité avec le droit indonésien. Face au refus de cette dernière, fin février 2026, les autorités indonésiennes ont mis en place un blocage de l’adresse auth.wikimedia.org qui est utilisée pour se connecter à son compte Wikimédia. L’impact de ce blocage semble limité, mais loin d’être nul avec 641 rédacteurs actifs sur la Wikipédia en indonésien en mars 2026 contre 850 en janvier.

Nombre de rédacteurs actifs (= 5 modifications et plus) sur la Wikipédia en indonésien

En réaction, la communauté locale a déployé une bannière pour alerter les internautes de ce qu’il était en train de se passer.

Bannière déployée sur plusieurs wikis de la Fondation Wikimédia

La médiathèque Wikimedia Commons a été bloqué brièvement, mais selon Komdigi, il s’agit d’une erreur tout en rappelant que cela ne serait pas arrivé si Wikimédia s’était enregistrée !

Le 15 avril, un nouveau palier est franchi dans l’escalade indonésienne. Les autorités indonésiennes donnent 7 jours à Wikimedia pour se mettre en règle sinon l’accès en lecture sera bloqué. Depuis le passage au HTTPS, les pays doivent bloquer entièrement l’encyclopédie alors qu’avec le HTTP il était possible de bloquer que certains articles. C’est sans doute la raison du faible nombre de blocage observé ces dernières années. Il y a tout de même eu le blocage de Wikipédia en Turquie entre 2017 et 2020 et le blocage de l’encyclopédie au Pakistan pendant 3 jours en février 2023.

La communauté locale a poursuivi ses actions habituelles malgré les tensions politiques tout en veillant à informer les internautes. Dans ces moments de crise, faut répondre fermement mais sans sur-réagir et toujours laisser une porte de sortie, sinon les extrémistes l’emportent sur les modérés.

La Fondation Wikimédia a accepté de rencontrer les autorités le 23 avril. Selon la Fondation, les autorités s’engagent à ne pas faire de demandes contraires aux normes internationales en matière de retrait de contenus et d’accès aux données personnelles des contributeurs. La Fondation va donc entreprendre les démarches d’enregistrement en Indonésie.

With assurances that there would be no unlawful content takedown orders or data disclosure requirements that could put the Wikimedia community-led model at risk, the Foundation is working constructively towards the administrative next steps

Le mouvement Wikimédia semble avoir remporté cette bataille en amenant les autorités Indonésiennes sur le terrain de la liberté d’expression tout en permettant aux autorités de ne pas perdre la face. Il sera toujours possible à l’avenir de refuser d’appliquer des lois indonésiennes si les autorités s’en prennent à l’hébergeur.

Ce non-blocage en lecture et la levée du blocage en écriture, couplé au blocage de très courte durée au Pakistan devrait empêcher l’Inde de bloquer Wikipédia afin de ne pas paraître plus conservateur que ces deux pays. Le dossier indien devrait reprendre d’ici quelques jours. J’essaierais d’en rendre compte prochainement sur le blog.